On se retrouve cette semaine avec un nouvel extrait commenté de mon dernier essai, Jusqu’ici tout va mal.
Le développement personnel nous vend le fantasme ultime : celui de la toute-puissance divine, car si on en croit Lise Bourbeau, « Dieu est en nous ». Il nous faut donc désormais contrôler non seulement nos actions, mais aussi nos pensées car avec le pouvoir divin, ce que l’on pense a un impact sur ce que l’on vit. [...]
Oui, car c’est autour de cela que repose l’idée que nos pensées créent notre réalité : chacune de nos pensées émettrait une fréquence vibratoire reçue par l’univers, qui nous renverrait alors un événement fondé sur la même fréquence. En gros, « vous recevez la fréquence que vous émettez ».
L’idée est belle (...), le problème, c’est qu’elle ne repose sur aucune réalité scientifique. Elle est de l’ordre de la croyance et non de la connaissance. [...] En creusant davantage, on s’aperçoit que le développement personnel reprend les codes de la méthode scientifique, en se les réappropriant très librement. D’une observation, on tire non pas une hypothèse à tester mais une vérité ; d’une analyse, on obtient un diagnostic sans appel, qui invite à la mise en place d’exercices – les mêmes pour tous – pour le dépasser. Parmi ces exercices, le plus connu pour « vibrer haut » est celui des affirmations. Avant de mettre qui que ce soit mal à l’aise, je tiens à vous rassurer – on est tous passés par là. Qui ne s’est jamais vu conseiller que pour développer l’amour de soi, il fallait se répéter « Je t’aime » chaque jour dans le miroir ? (Dites-moi que vous l’avez fait aussi s’il vous plaît, sinon je risque de vivre un très grand moment de solitude.) En vérité, je suis même allée encore plus loin, en écrivant religieusement chaque matin les affirmations dont je voulais augmenter la vibration. [...]
J’ai rompu avec le développement personnel.
En tout cas, c’est comme ça que je le vois.
On était dans une relation pendant de nombreuses années, car il venait répondre à mes ambitions, à mes aspirations; et puis, un jour, on a cessé d’avoir la même vision du monde.
Et, comme après toute rupture, tu commences à voir des défauts que tu avais pourtant toujours supporté, ou que tu n’avais même pas remarqué.
Dans mon cas, ça a été tout d’abord de réaliser qu’une philosophie qui se dit personnelle ne l’est en fait pas du tout. Or, dans le développement personnel, on laisse très peu de place à la nuance; il n’est donc que très rarement précisé que telle ou telle méthode ne peut convenir à tout le monde. Non; nombreux sont ceux qui souhaitent partager leur vérité au monde comme s’ils avaient hacké une recette de la vie, qui nous permettrait de la maîtriser.
Devinez quand est-ce qu’on a essayé de maîtriser plus grand que nous et que ça s’est mal passé ?
Ah oui ! La planète. On était pourtant persuadés du progrès qu’on était en train d’accomplir.
Je développe beaucoup plus dans le livre la déconstruction du développement personnel, mais l’idée finale que j’en retiens est celle-ci : arrêtons de chercher la vérité. Arrêtons de chercher des réponses.
Je n’ai jamais autant eu le sentiment de me “développer” que depuis que je cherche à me poser des questions, plutôt qu’à chercher des réponses.
C’est bien plus empouvoirant.
C’est plus complexe aussi, certes - mais la vie est complexe.
Plus tôt on accepte cette complexité, plus vite on parvient à avancer - en se libérant des béquilles bancales apportées par le développement personnel.
Vous avez quel rapport au développement personnel ? Vous en lisez toujours ?
J’espère que vous passez un bel été la mif !!
xx Louise
