Kessel

Dormir, douter, regarder autrement

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La newsletter de Louise Aubery
3 min ⋅ 01/02/2026

Hello la mif,

J’espùre que vous avez allez bien !

Est-ce que vous aussi, cette semaine, vous avez commencĂ© Ă  sentir que l’énergie du retour de vacances s’éloignait doucement ? Que les semaines d’hiver passĂ©es nous avaient petit Ă  petit un peu essorĂ©s ? Les nuits plus courtes, les rĂ©veils qu’on snooze Ă  rĂ©pĂ©tition et cette sensation de ne jamais vraiment rĂ©cupĂ©rer.

Du coup, j’étais vraiment ravie de pouvoir enfin vous proposer un Ă©pisode d’InPower consacrĂ© au sommeil avec le docteur en neurosciences Thomas Andrillon. Parce que c’est un sujet qu’on traverse tous, mais souvent en silence. On se dit que c’est “normal”, qu’on fera mieux plus tard, qu’on rattrapera le week-end. Alors que le sommeil structure Ă©normĂ©ment nos vies : notre Ă©nergie, notre humeur, notre capacitĂ© Ă  rĂ©flĂ©chir, Ă  ressentir, Ă  dĂ©cider.

Dans cet Ă©pisode, on a vraiment pris le temps de dĂ©cortiquer ce qui se joue pendant qu’on dort. J’ai compilĂ© toutes les questions que vous m’aviez partagĂ©es sur le compte insta d’inpower. On parle de nuits hachĂ©es, d’insomnies, de fatigue chronique, mais aussi de culpabilitĂ© Ă  “mal dormir”, de pression sociale Ă  ĂȘtre toujours fonctionnel, et de l’idĂ©e absurde selon laquelle dormir serait presque une faiblesse.

Ce que j’ai aimĂ© dans cette conversation, c’est qu’elle permet de se poser des questions diffĂ©remment : Thomas met de la nuance lĂ  oĂč on cherche souvent des rĂ©ponses toutes faites. Il nous rappelle qu’il n’existe pas un “bon sommeil” universel, que nos besoins Ă©voluent, et que comprendre ce qui se passe quand on dort mal est souvent dĂ©jĂ  un premier pas pour aller mieux. J’espĂšre qu’il vous servira et vous fera autant de bien qu’à moi ! 😮


C’est pas la reco la plus originale que je ferai sur cette newsletter parce qu’il faut vraiment vivre dans une grotte pour ne pas avoir vu passer l’énorme promo de Pierre Niney pour Gourou. (D’ailleurs, j’ai enfin pu lui poser une question lors de la projection de l’avant-premiĂšre.) Mais ce film m’a particuliĂšrement plu, et surtout, il a profondĂ©ment rĂ©sonnĂ© avec les questions qui me travaillent depuis longtemps. Gourou raconte l’ascension d’un coach ultra-charismatique, devenu la figure centrale d’une communautĂ© en quĂȘte de sens. Pas une secte caricaturale, pas un illuminĂ© vivant Ă  l’écart du monde : au contraire. Tout est trĂšs contemporain. Des salles pleines, une mise en scĂšne millimĂ©trĂ©e, des prises de parole au cordeau pour Ă©lectriser les foules. Ce que le film montre trĂšs bien, c’est Ă  quel point notre Ă©poque est un terrain fertile pour ce type de figures. Quand la politique, la religion ou les institutions ne jouent plus leur rĂŽle de boussole, la quĂȘte de sens se dĂ©place ailleurs. Et le gourou moderne n’arrive plus avec une religion, mais avec une mĂ©thode, une promesse, un rĂ©cit : “tu peux devenir la meilleure version de toi-mĂȘme”.

Et surtout, le film pose une question qui me semble centrale : comment en est-on arrivĂ© Ă  sacraliser la rĂ©ussite individuelle au point de rendre chacun entiĂšrement responsable de ses Ă©checs ? Si tu vas mal, c’est que tu n’as pas assez travaillĂ© sur toi. Un rĂ©cit d’une violence folle, qui rend vulnĂ©rable Ă  tous ceux qui vendent des solutions miracles (je vous prĂ©pare un format plus long pour en parler qui arrive trĂšs vite 
)


J’ai dĂ©couvert rĂ©cemment la maison d’édition Steinkis et je suis assez admirative de leur travail. Leur catalogue prend le parti du temps long, de la rigueur documentaire et de proposer des bandes dessinĂ©es qui font rĂ©flĂ©chir. En faisant le lien entre des histoires individuelles et l’Histoire, l’intime et le politique, l’expĂ©rience vĂ©cue et les grandes structures de pouvoir.

C’est exactement ce que fait Sois femme et tais-toi : dans l’Ɠil de Delphine Seyrig.

La BD raconte comment Delphine Seyrig, actrice admirĂ©e et longtemps enfermĂ©e dans une image d’icĂŽne silencieuse, met progressivement des mots sur un malaise : la place faite aux femmes au cinĂ©ma, la maniĂšre dont leurs corps sont filmĂ©s, leurs rĂŽles pensĂ©s, leur parole contenue. Le rĂ©cit avance par strates, en faisant dialoguer son parcours avec celui de sa mĂšre, femme libre empĂȘchĂ©e. Comme si comprendre ce qui nous arrive passait aussi par ce qui a Ă©tĂ© refusĂ© aux femmes avant nous. On traverse les annĂ©es 70, le Manifeste des 343, le travail avec Chantal Akerman, le refus de continuer Ă  jouer le jeu qu’on lui a longtemps imposĂ©.

Une BD qui rappelle que, pour beaucoup de femmes, devenir fĂ©ministe n’est pas un mot d’ordre : c’est une luciditĂ© qui s’impose, lentement, avant de devenir une Ă©vidence !


Ça commence ce week-end et ça se termine fin mai, au Jeu de Paume à Paris.
L’exposition Global Warning permet de (re)dĂ©couvrir le travail de Martin Parr, l’un des photographes documentaires les plus connus au monde. MĂȘme si son nom ne vous dit rien, ses images, elles, vous parleront forcĂ©ment. Depuis plus de cinquante ans, Martin Parr photographie le quotidien : les vacances Ă  la plage, les touristes, les supermarchĂ©s, les objets qu’on consomme, les foules, les Ă©crans.

Sa particularitĂ© ? Des couleurs trĂšs vives, un flash frontal, un regard Ă  la fois drĂŽle et dĂ©rangeant. On sourit souvent en regardant ses photos, parce qu’elles sont familiĂšres, parfois absurdes. Puis on comprend qu’elles parlent de nous : de notre rapport au loisir, Ă  la consommation, Ă  la nature, Ă  la technologie. L’exposition montre comment, bien avant que ces sujets ne deviennent centraux, Parr documentait dĂ©jĂ  le tourisme de masse, la surconsommation, l’occupation frĂ©nĂ©tique du temps libre, et les effets de la mondialisation sur nos modes de vie. Il ne photographie pas “les autres” : il se place toujours Ă  l’intĂ©rieur du cadre, comme un observateur mais aussi comme sujet. Si vous n’avez pas l’occasion d’y aller et que vous voule en apprendre plus vous pouvez retrouver son passage dans le 28 minutes d’ARTE en novembre dernier (un mois avant de nous quitter) ou encore le documentaire qui lui est consacrĂ© sur France TV.

Bon dimanche :)

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La newsletter de Louise Aubery

Par Louise Aubery