L’époque où, par exemple, on se bousculait devant le crieur de journaux pour attraper l’édition du jour, et découvrir la suite du roman qui était partagé chaque jour par chapitre dans le journal.
Je me suis dit que ce serait chouette de re-créer ce rendez-vous, en vous proposant chaque semaine en août un extrait de mon dernier essai Jusqu’ici tout va mal, ou pourquoi la quête du bonheur ne nous rend pas heureux.
Voici donc un premier extrait commenté, et surtout, ouvert à vos réflexions :
“Le perfectionnisme est donc le piège de croire que l’on sera heureux quand on aura fait mieux, quand on aura fait plus ; mais plus que qui ?
Plus que soi-même, d’abord, c’est du moins ce qui motive le perfectionniste ; mais prendrait-il vraiment du plaisir à progresser si ce n’était pas au fond pour être meilleur que les autres ?
Si la reconnaissance est la fin recherchée par le perfectionniste, la comparaison en est le moyen. Cette dernière semble légitimer, ou non, la reconnaissance.
Il s’agit d’un mécanisme avec lequel je suis familière depuis ma plus tendre enfance, car autant vous dire qu’avec une sœur jumelle, la comparaison était plus la norme que l’exception.
Cette comparaison émanait de nos parents, de nos professeurs ou de nos amis. L’idée ici n’est pas d’émettre un jugement de valeur ; simplement d’en comprendre les rouages et les conséquences. Pour ma part, et pour nombre de personnes qui ont beaucoup été comparées dans leur enfance, cela s’est traduit par la croyance que pour avoir de la valeur, il fallait non seulement faire le mieux possible ; mais il fallait surtout faire mieux que les autres. [...]
Une conception qui nous dessert non seulement à court terme, car elle sous-tend une logique de compétition au bonheur, mais aussi à long terme, car elle nous pousse à faire des choix irrationnels. Une étude menée par l’économiste Tversky l’illustre parfaitement : il est demandé aux participants où se porterait leur choix s’ils avaient la possibilité de travailler pour le magazine A, où leur salaire serait de 35 000 dollars, mais où leurs collègues gagneraient 38 000 dollars; ou pour le magazine B, où ils seraient payés 33 000 dollars et leurs collègues 30 000 dollars. Près de 64 % déclarent qu’ils seraient plus heureux en travaillant pour le magazine B. Bien que leur salaire serait dans l’absolu inférieur, il serait, relativement, supérieur. Mieux vaut être moins riche, mais plus riche que les autres; qu’être plus riche, mais moins riche que les autres. On voit bien ici que le bonheur s’appréhende donc de manière relative : il se définit par rapport à l’autre.”
Vous savez, généralement, j’étudie les sujets qui me passionnent, souvent parce que j’ai besoin de les étudier - le féminisme dans la santé mentale dans et ce qui j’y apprends m’aide beaucoup à déconstruire des croyances héritées, mais pas choisies, sur le sujet.
Le fait de comprendre rationnellement comment le sexisme s’est construit, ou comment le développement personnel capitalise sur notre mal-être, me permet de prendre beaucoup de recul et de recalibrer mes croyances.
Mais si je dois être totalement honnête, s’il y a bien un sujet où je n’arrive pas à allier la théorie à la pratique, c’est la comparaison.
Je pense que c’est tellement ancré dans ma vie depuis des années, que ça prendra énormément de temps à s’en défaire.
Je vois toujours ce que je n’ai pas fait, ce que j’aurais pu faire mieux; et je le compare à ce qu’accomplissement ce qui arrivent à faire encore mieux.
Je travaille dessus, petit à petit.
J’apprendre à redéfinir mes critères de réussite. À intégrer ce qui compte vraiment. Et à me rappeler cette phrase, qui me porte depuis que je l’ai partagée pour la première fois dans Miroir Miroir : “Faire de son mieux, que peut-on vraiment exiger de plus que cela ?”
Vous arrivez à faire preuve de bienveillance envers vous-même ? Comment vous faites pour ne pas tomber dans le piège de la comparaison ?
On se retrouve la semaine prochaine pour l’extrait du prochain chapitre, et d’ici-là, prenez soin de vous ❤️
xx Louise
