AprĂšs Saint-ExupĂ©ry et Foenkinos, cette semaine jâai envie de vous parler dâune autrice française contemporaine : il sâagit de Julia Kerninon.
Et plus précisément, de son roman Sauvage paru en 2023.
« La littĂ©rature a Ă©tĂ© faite principalement par les hommes. Des portraits de femmes telles que nous les femmes on les connaĂźt, il nây en a pas tant que ça. Chez moi, il y a cette envie de repeupler la littĂ©rature de femmes crĂ©dibles »
Julia Kerninon
Sauvage, câest lâhistoire dâOttavia Selvaggio que lâon suit de ses 15 Ă ses 40 ans.
Dans une famille oĂč les femmes ont Ă©tĂ© Ă©loignĂ©es des fourneaux, la gastronomie est une affaire dâhommes. HabitĂ©e par la passion hĂ©ritĂ©e de son pĂšre, qui tient un restaurant rĂ©putĂ©, Ottavia rĂȘve de faire de la grande cuisine. Sa rencontre avec Cassio, lâapprenti de son pĂšre, est dĂ©cisive : avec lui, elle fait ses armes en gastronomie, comme en amour. Mais pour inventer son propre destin, elle doit sâĂ©chapper de cette double tutelle.
Quelques annĂ©es plus tard, elle rĂ©alise enfin son rĂȘve : monter son propre restaurant. Cependant le passĂ© nâest jamais trĂšs loin, et les liens avec ses anciens amants demeurent. Est-elle au bon endroit ? A-t-elle fait fausse route ? OĂč sâarrĂȘte lâindĂ©pendance ?
Ce sont autant de questions soulevĂ©es dans ce roman, Ă travers le personnages dâOttavia.
Pourquoi jâai adorĂ© ?
1. Un personnage féminin fort et libre
Le nom de famille dâOttavia âSelvaggioâ vient de âselvaâ, la forĂȘt, qui fait rĂ©fĂ©rence Ă lâĂ©tat sauvage.
Sauvage comme le contraire de domestique, soumise, apprivoisée. En fait, sauvage comme libre.
Ce choix de nom, annoncĂ© dĂšs le dĂ©but, est reprĂ©sentatif de lâamour-propre et de la libertĂ© dâesprit du personnage. Par son choix dâintĂ©grer la cuisine, initialement rĂ©servĂ©e aux hommes dans sa famille, Ottavia prend une place singuliĂšre et sort dâune forme de fatalitĂ© de sa condition de femme. Elle porte en elle la certitude dâĂȘtre lâĂ©gale des hommes et dâavoir le droit, elle aussi, Ă une vie dont elle est la maĂźtresse, dans un milieu oĂč câest loin dâĂȘtre une Ă©vidence.
Je suis exactement la fille que je rĂȘvais d'ĂȘtre, je me tiens exactement lĂ oĂč je rĂȘvais de pouvoir me tenir un jour. C'est tout ce que je voulais. L'amour, c'est du travail. Le travail, d'est de l'amour.
2. Une réflexion sur les choix majeurs qui jalonnent une existence
Que ce soit le choix de son mĂ©tier, de ses amants, ou de son mari, on sent toutes les rĂ©flexions, les doutes, les passions qui animent le personnage dâOttavia. Elle remet souvent en question lâendroit oĂč elle se trouve, les choix qui lây ont menĂ©e, les chemins quâelle nâa pas empruntĂ©s; fuyant la passivitĂ©.
Malheureusement il nây a pas de raccourci. Ă la fin, il sâagit toujours de deviner, dĂ©cider, lire entre les lignes, traduire, essayer. MĂȘme si je sais quâon doit accepter la rĂ©alitĂ© comme elle est, je ne lâai jamais fait. La libertĂ© quâon a abandonnĂ©e autrefois et quâon ne nous rendra pas, il faudra la prendre.
Cette réflexion sur les choix de vie est aussi liée à une introspection profonde du personnage :
On dit que les gens ne changent pas mais c'est faux, ils changent, mais seulement trÚs lentement, et pendant ce temps nous changeons nous aussi, alors ça ne tombe jamais juste, c'est infernal.
3. Les scĂšnes de cuisine
Bon, si vous lisez cette Newsletter câest que vous me connaissez un petit peu (ou alors câest quâun.e super ami.e vous lâa envoyĂ©e) - vous savez donc Ă quel point jâaime la (bonne) nourriture. Pendant la sĂ©rie spĂ©ciale Top Chef dâInPower, jâai adorĂ© dĂ©couvrir la richesse du vocabulaire que les chefs utilisent pour parler de leur cuisine mais aussi la variĂ©tĂ© des univers culinaires.
Câest un peu ce que jâai retrouvĂ© dans ce livre car Julia Kerninon dĂ©crit avec beaucoup de prĂ©cision la cuisine du personnage dâOttavia, et le lien entre lâintime et le culinaire. Elle explique dâailleurs quâelle a choisi ce milieu car elle avait envie dâexplorer lâĂ©criture de la cuisine, de la nourriture, des sensations, des Ă©motions, des textures etcâŠ
Mes plats pĂ©piaient, les siens feulaient. Les miens avaient des pelages de loutre joueuse, des plumes cafardeuses, les siens lâĂ©paisseur grasse dâun mouton oubliĂ© Ă la tonte, la fourrure des grands fauves, quelque chose dâĂącre et dâaudacieux, alors que ma cuisine ronronnait, chat devant la flambĂ©e.
Jâai lâimpression quâon est plus habituĂ©s Ă entendre parler de crĂ©ation dans des domaines comme la musique ou encore le cinĂ©ma, car ce sont des domaines beaucoup plus âlisiblesâ, et jâai vraiment aimĂ© avoir accĂšs Ă cet aspect de la cuisine dans le roman. En plus de lâaspect concret, matĂ©riel, physique de la nourriture, Julia Kerninon saisit lâaspect totalisant de la vie de cuisinier : la violence du milieu, la façon dont les chefs sont absorbĂ©s totalement par ce quâils font jusquâĂ parfois oublier le monde autour âŠ
Aussi diffĂ©rentes qu'elles puissent ĂȘtre par ailleurs, toutes les cuisines partageaient un point commun: la violence. Les cuistots me coinçaient contre les frigos, retroussant les lĂšvres sur leurs dents pourries par les vapeurs de nougatine. Debout devant moi, immenses, puant la transpiration, un couteau pointu dans chaque main, ils me traitaient de salope parce que je ne voulais pas sortir avec eux aprĂšs le service.
Bref, comme vous lâavez compris jâai Ă©tĂ© happĂ©e dans ce roman de A Ă Z et jây ai trouvĂ© beaucoup de ce que je recherche dans la lecture : lâĂ©vasion, la dĂ©couverte dâun univers inconnu, des personnages profonds et nuancĂ©s et un outil de rĂ©flexion sur ma propre vie.
Et vous, vous lisez quoi en ce moment ?
Dans cette section, je vous partagerai chaque semaine une initiative culturelle, mĂ©diatique ou professionnelle que je souhaite mettre en lumiĂšre đ
Cette Newsletter ne pourrait pas ĂȘtre gratuite sans le soutien de partenaires, alors je suis heureuse que Stellantis soutienne cette Ă©dition.
51% des travailleurs dĂ©clarent ne pas vouloir travailler pour une entreprise qui nâa pas dâengagement social ou environnemental fort, chez les jeunes, prĂšs de 70% dĂ©clarent prĂȘts Ă renoncer Ă une entreprise qui ne prend pas assez en compte les enjeux environnementaux. Câest pourquoi cette semaine, je souhaite mettre en lumiĂšre notre partenaire Stellantis et particuliĂšrement leurs initiatives environnementales.
Avec lâutilisation massive dâĂ©lectricitĂ© dĂ©carbonnĂ©e, Stellantis vise 100% dâutilisation de cette Ă©nergie Ă horizon 2030 et ambitionne un bilan carbone net zĂ©ro dâici 2038 avec 3 axes principaux : lâĂ©lectrification des vĂ©hicules, des systĂšmes de production Ă©conomes en carbone et lâamĂ©lioration de la performance environnementale de leur chaĂźne dâapprovisionnement. Ă la fin de lâannĂ©e, le premier des trois âgrEEn campusâ, un campus neutre en carbone ouvrira ses portes pour accueillir les collaborateurs en France.
Pour en savoir plus sur leurs initiatives RSE rendez-vous juste ici.
Prenez soin de vous la mif,
xx Louise
