Kessel

Et si on parlait d'amour ?

C'est le retour du book club 📚

La newsletter de Louise Aubery
3 min ⋅ 30/06/2024

AprĂšs Saint-ExupĂ©ry et Foenkinos, cette semaine j’ai envie de vous parler d’une autrice française contemporaine : il s’agit de Julia Kerninon.

Et plus précisément, de son roman Sauvage paru en 2023.

« La littĂ©rature a Ă©tĂ© faite principalement par les hommes. Des portraits de femmes telles que nous les femmes on les connaĂźt, il n’y en a pas tant que ça. Chez moi, il y a cette envie de repeupler la littĂ©rature de femmes crĂ©dibles »

Julia Kerninon

Sauvage, c’est l’histoire d’Ottavia Selvaggio que l’on suit de ses 15 à ses 40 ans.
Dans une famille oĂč les femmes ont Ă©tĂ© Ă©loignĂ©es des fourneaux, la gastronomie est une affaire d’hommes. HabitĂ©e par la passion hĂ©ritĂ©e de son pĂšre, qui tient un restaurant rĂ©putĂ©, Ottavia rĂȘve de faire de la grande cuisine. Sa rencontre avec Cassio, l’apprenti de son pĂšre, est dĂ©cisive : avec lui, elle fait ses armes en gastronomie, comme en amour. Mais pour inventer son propre destin, elle doit s’échapper de cette double tutelle.
Quelques annĂ©es plus tard, elle rĂ©alise enfin son rĂȘve : monter son propre restaurant. Cependant le passĂ© n’est jamais trĂšs loin, et les liens avec ses anciens amants demeurent. Est-elle au bon endroit ? A-t-elle fait fausse route ? OĂč s’arrĂȘte l’indĂ©pendance ?
Ce sont autant de questions soulevĂ©es dans ce roman, Ă  travers le personnages d’Ottavia.

Pourquoi j’ai adorĂ© ?

1. Un personnage féminin fort et libre

Le nom de famille d’Ottavia “Selvaggio” vient de “selva”, la forĂȘt, qui fait rĂ©fĂ©rence Ă  l’état sauvage.
Sauvage comme le contraire de domestique, soumise, apprivoisée. En fait, sauvage comme libre.

Ce choix de nom, annoncĂ© dĂšs le dĂ©but, est reprĂ©sentatif de l’amour-propre et de la libertĂ© d’esprit du personnage. Par son choix d’intĂ©grer la cuisine, initialement rĂ©servĂ©e aux hommes dans sa famille, Ottavia prend une place singuliĂšre et sort d’une forme de fatalitĂ© de sa condition de femme. Elle porte en elle la certitude d’ĂȘtre l’égale des hommes et d’avoir le droit, elle aussi, Ă  une vie dont elle est la maĂźtresse, dans un milieu oĂč c’est loin d’ĂȘtre une Ă©vidence.

Je suis exactement la fille que je rĂȘvais d'ĂȘtre, je me tiens exactement lĂ  oĂč je rĂȘvais de pouvoir me tenir un jour. C'est tout ce que je voulais. L'amour, c'est du travail. Le travail, d'est de l'amour.

2. Une réflexion sur les choix majeurs qui jalonnent une existence

Que ce soit le choix de son mĂ©tier, de ses amants, ou de son mari, on sent toutes les rĂ©flexions, les doutes, les passions qui animent le personnage d’Ottavia. Elle remet souvent en question l’endroit oĂč elle se trouve, les choix qui l’y ont menĂ©e, les chemins qu’elle n’a pas empruntĂ©s; fuyant la passivitĂ©.

Malheureusement il n’y a pas de raccourci. À la fin, il s’agit toujours de deviner, dĂ©cider, lire entre les lignes, traduire, essayer. MĂȘme si je sais qu’on doit accepter la rĂ©alitĂ© comme elle est, je ne l’ai jamais fait. La libertĂ© qu’on a abandonnĂ©e autrefois et qu’on ne nous rendra pas, il faudra la prendre.

Cette réflexion sur les choix de vie est aussi liée à une introspection profonde du personnage :

On dit que les gens ne changent pas mais c'est faux, ils changent, mais seulement trÚs lentement, et pendant ce temps nous changeons nous aussi, alors ça ne tombe jamais juste, c'est infernal.

3. Les scĂšnes de cuisine

Bon, si vous lisez cette Newsletter c’est que vous me connaissez un petit peu (ou alors c’est qu’un.e super ami.e vous l’a envoyĂ©e) - vous savez donc Ă  quel point j’aime la (bonne) nourriture. Pendant la sĂ©rie spĂ©ciale Top Chef d’InPower, j’ai adorĂ© dĂ©couvrir la richesse du vocabulaire que les chefs utilisent pour parler de leur cuisine mais aussi la variĂ©tĂ© des univers culinaires.

C’est un peu ce que j’ai retrouvĂ© dans ce livre car Julia Kerninon dĂ©crit avec beaucoup de prĂ©cision la cuisine du personnage d’Ottavia, et le lien entre l’intime et le culinaire. Elle explique d’ailleurs qu’elle a choisi ce milieu car elle avait envie d’explorer l’écriture de la cuisine, de la nourriture, des sensations, des Ă©motions, des textures etc


Mes plats pĂ©piaient, les siens feulaient. Les miens avaient des pelages de loutre joueuse, des plumes cafardeuses, les siens l’épaisseur grasse d’un mouton oubliĂ© Ă  la tonte, la fourrure des grands fauves, quelque chose d’ñcre et d’audacieux, alors que ma cuisine ronronnait, chat devant la flambĂ©e.

J’ai l’impression qu’on est plus habituĂ©s Ă  entendre parler de crĂ©ation dans des domaines comme la musique ou encore le cinĂ©ma, car ce sont des domaines beaucoup plus “lisibles”, et j’ai vraiment aimĂ© avoir accĂšs Ă  cet aspect de la cuisine dans le roman. En plus de l’aspect concret, matĂ©riel, physique de la nourriture, Julia Kerninon saisit l’aspect totalisant de la vie de cuisinier : la violence du milieu, la façon dont les chefs sont absorbĂ©s totalement par ce qu’ils font jusqu’à parfois oublier le monde autour 


Aussi diffĂ©rentes qu'elles puissent ĂȘtre par ailleurs, toutes les cuisines partageaient un point commun: la violence. Les cuistots me coinçaient contre les frigos, retroussant les lĂšvres sur leurs dents pourries par les vapeurs de nougatine. Debout devant moi, immenses, puant la transpiration, un couteau pointu dans chaque main, ils me traitaient de salope parce que je ne voulais pas sortir avec eux aprĂšs le service.

Bref, comme vous l’avez compris j’ai Ă©tĂ© happĂ©e dans ce roman de A Ă  Z et j’y ai trouvĂ© beaucoup de ce que je recherche dans la lecture : l’évasion, la dĂ©couverte d’un univers inconnu, des personnages profonds et nuancĂ©s et un outil de rĂ©flexion sur ma propre vie.

Et vous, vous lisez quoi en ce moment ?


Dans cette section, je vous partagerai chaque semaine une initiative culturelle, mĂ©diatique ou professionnelle que je souhaite mettre en lumiĂšre 🌟

Cette Newsletter ne pourrait pas ĂȘtre gratuite sans le soutien de partenaires, alors je suis heureuse que Stellantis soutienne cette Ă©dition.
51% des travailleurs dĂ©clarent ne pas vouloir travailler pour une entreprise qui n’a pas d’engagement social ou environnemental fort, chez les jeunes, prĂšs de 70% dĂ©clarent prĂȘts Ă  renoncer Ă  une entreprise qui ne prend pas assez en compte les enjeux environnementaux. C’est pourquoi cette semaine, je souhaite mettre en lumiĂšre notre partenaire Stellantis et particuliĂšrement leurs initiatives environnementales.

Avec l’utilisation massive d’électricitĂ© dĂ©carbonnĂ©e, Stellantis vise 100% d’utilisation de cette Ă©nergie Ă  horizon 2030 et ambitionne un bilan carbone net zĂ©ro d’ici 2038 avec 3 axes principaux : l’électrification des vĂ©hicules, des systĂšmes de production Ă©conomes en carbone et l’amĂ©lioration de la performance environnementale de leur chaĂźne d’approvisionnement. À la fin de l’annĂ©e, le premier des trois “grEEn campus”, un campus neutre en carbone ouvrira ses portes pour accueillir les collaborateurs en France. 

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Prenez soin de vous la mif,
xx Louise

La newsletter de Louise Aubery

Par Louise Aubery